Quelqu'un a partagé ça récemment sur Facebook (même si ce n'est pas nouveau), et a, inévitablement, reçu son lot de "J'aime" parmi ses contacts et bien au delà. C'est génial. On sait tous qu'on vit dans un monde de violence, de haine, d'intolérance, mais on se remonte le moral à peu de frais en faisant "liker" ce genre de message subliminal (pour ne pas dire pavlovien) par son réseau d'improbables amis Facebook.
Désolé, je ne marche pas dans la combine.
Je n'aime pas cette image, ni aucune de ses semblables, parce qu'il s'agit d'une double imposture, d'une part parce qu'elle tend à renforcer à la fois un totalitarisme idéologique de plus en plus omniprésent (si tu ne penses pas comme la majorité, tu es infréquentable) et une tendance lourde à la simplification excessive des idées, et d'autre part parce qu'elle est on ne peut plus contre-productive en matière de progrès de l'humanisme.
Décryptons la chose, si vous le voulez bien (ça va être vite fait).
Le concept n'est pas récent. Claude Nougaro, déjà, voici plus de quarante ans, chantait :
« Armstrong, un jour, tôt ou tard,
On n'est que des os...
Est ce que les tiens seront noirs ?
Ce serait rigolo
Allez Louis, alléluia !
Au delà de nos oripeaux,
Noir et Blanc
Seront ressemblants
Comme deux gouttes d'eau ».
Nous aurions donc droit, pour faire simple, à une égale dose d'amour, en raison du fait que nos squelettes sont (réputés) identiques ? Pourtant, même s'il ne m'a pas échappé qu'il s'agit d'une allégorie, je voudrais rappeler fermement que :
1) Ce ne sont pas nos os qui portent ce que nous sommes.
2) Ce n'est pas ce que nous sommes à notre mort qui compte, mais tout au contraire, ce que nous sommes au cours de notre vie.
3) Ce n'est pas notre morphologie mais nos agissements qui déterminent ce que nous sommes.
Pour ceux qui aiment les dessins, je pourrais résumer ce qui précède comme ceci :
Enfin - et c'est le plus important - j'estime indispensable de tordre le cou définitivement à cette idée malsaine selon laquelle on doit tolérer (voire aimer) l'autre "parce qu'il est pareil". C'est tout le contraire de la tolérance.
De la même façon que je n'ai pas besoin de me convaincre qu'un noir a la peau blanche pour l'aimer, je n'ai pas besoin de savoir qu'il "n'existe qu'une seule race : la race humaine" (même si c'est scientifiquement exact et que je suis ravi de l'apprendre) pour apprécier des individus issus d'autres ethnies, ou que je n'ai pas besoin de me persuader que l'homosexualité est "normale" pour avoir des amis homos, et ainsi de suite.
La tolérance ne consiste pas à se convaincre que nous sommes tous pareil, mais bien au contraire à nous ouvrir à la différence.
Ce qui ne signifie pas que nous devions tolérer n'importe quoi ou aimer n'importe qui. Entrer dans le cercle de mes amis ne nécessite aucune condition de mœurs, d'origine ethnique ou autre, ni surtout en aucune façon de me ressembler. Une seule condition est requise : ne (vouloir) faire du mal à personne.

