Cher Donald,
Voici quelques minutes, je
regardais ce clip (Al Jarreau est probablement mon chanteur américain préféré).
Tandis que je prenais plaisir à
écouter cette merveilleuse musique, à contempler les visages radieux de ce
chanteur et de ses musiciens et musiciennes, étrangement, j’ai pensé à toi,
Donald.
Je regardais ces hommes, ces
femmes, dont plusieurs sont noirs, ou latinos, parfois les deux, dont il n’est
pas interdit de penser que certains puissent être homosexuels, et je me disais
ceci : ils ne font de mal à personne, et tout au contraire ne font que
répandre la joie autour d’eux.
Al Jarreau lui-même, seul
chanteur au monde à avoir jamais remporté sept "Grammy Awards" dans
trois catégories différentes (jazz, pop et R&B) est à ce titre une gloire
des États-Unis d’Amérique. Comme des milliers d’autres : des chanteurs,
des acteurs, des cinéastes, des romanciers, des compositeurs, mais aussi des
ingénieurs, des chercheurs, et j’en passe.
Depuis 1776, ta glorieuse nation
n’a jamais cessé de fournir au monde des sujets d’admiration, dans tous les
domaines de l’activité humaine. Parce qu’ils constituaient, à bien des égards,
un vecteur de rêve pour beaucoup et un tremplin inégalable pour les plus
talentueux, les États-Unis d’Amérique ont drainé, depuis bientôt deux siècles
et demi, un grand nombre d’hommes et de femmes exceptionnels qui sont devenus,
eux aussi, des "gloires de l’Amérique".
Et sais-tu ce qu’ils ont en
commun, hormis leur passeport "made in USA" ? Presque aucun d’entre
eux n’a ses racines sur le territoire états-unien. Ils sont d’origine européenne,
asiatique, africaine. Eux ou leurs parents ont souhaité devenir "américains"
parce qu’ils admiraient ce pays, et ils ont contribué à le rendre plus
admirable encore.
Ils ont commencé à œuvrer bien
avant ta naissance, et ils continueront, malgré toi plutôt que grâce à toi,
bien au-delà de ta disparition.
Tout cela pour dire que tu n’as
pas besoin de "rendre sa grandeur à l’Amérique", car elle ne l’a
jamais perdue.
Ou peut-être que si.
Peut-être que malgré tous ces
gens talentueux qui mettent toute leur énergie à élever ce pays encore et
encore, les USA rayonnent moins qu’avant, ou moins positivement.
Peut-être qu’au fil du temps,
tandis que certains démontrent leurs indéniables talents dans les domaines de l’art
ou des sciences, d’autres mettent leur génie – tout aussi indéniable – au service
du mal, et rendent ainsi les innombrables crimes commis par cette grande nation
au cours de son histoire (pourtant courte), de plus en plus visibles ?
Peut-être l’Amérique est-elle de plus en plus haïe, méprisée par le reste du
monde, en raison même de ses nombreux crimes ?
Si c’était le cas, et si sa
"grandeur" avait dû en souffrir, elle pourrait alors se grandir,
encore bien au-delà de sa gloire passée, en empruntant le dur chemin de la
rédemption : en reconnaissant ses torts, en demandant pardon, et même,
pourquoi pas, en proposant réparation aux victimes quand c’est possible ?
Tout le contraire de ce que tu
proposes, en somme.
Décidément, non, Donald. Tu es
tout, sauf l’homme de la situation, tout sauf celui qui pourrait, de quelque
façon que ce soit, "redonner sa grandeur à l’Amérique".
Je vais plutôt me repasser Al
Jarreau. Lui m’apporte joie et sérénité. Toi, tu ne sais susciter chez tes
semblables que la colère, le mépris, le chagrin, et la peur.
« Dieu bénisse l’Amérique ! »
proclament les présidents américains. Cette fois, Dieu n’a pas dû prêter
attention à cette prière, sinon il n’aurait pas permis ton élection.
À dans quatre ans, Donald. Si le peuple qui t'a élu ne t'a pas lynché d'ici là.
À dans quatre ans, Donald. Si le peuple qui t'a élu ne t'a pas lynché d'ici là.