dimanche 13 novembre 2016

Lettre ouverte à Donald (pas le canard, le connard)

Cher Donald,

Voici quelques minutes, je regardais ce clip (Al Jarreau est probablement mon chanteur américain préféré).

Tandis que je prenais plaisir à écouter cette merveilleuse musique, à contempler les visages radieux de ce chanteur et de ses musiciens et musiciennes, étrangement, j’ai pensé à toi, Donald.

Je regardais ces hommes, ces femmes, dont plusieurs sont noirs, ou latinos, parfois les deux, dont il n’est pas interdit de penser que certains puissent être homosexuels, et je me disais ceci : ils ne font de mal à personne, et tout au contraire ne font que répandre la joie autour d’eux.

Al Jarreau lui-même, seul chanteur au monde à avoir jamais remporté sept "Grammy Awards" dans trois catégories différentes (jazz, pop et R&B) est à ce titre une gloire des États-Unis d’Amérique. Comme des milliers d’autres : des chanteurs, des acteurs, des cinéastes, des romanciers, des compositeurs, mais aussi des ingénieurs, des chercheurs, et j’en passe.

Depuis 1776, ta glorieuse nation n’a jamais cessé de fournir au monde des sujets d’admiration, dans tous les domaines de l’activité humaine. Parce qu’ils constituaient, à bien des égards, un vecteur de rêve pour beaucoup et un tremplin inégalable pour les plus talentueux, les États-Unis d’Amérique ont drainé, depuis bientôt deux siècles et demi, un grand nombre d’hommes et de femmes exceptionnels qui sont devenus, eux aussi, des "gloires de l’Amérique".

Et sais-tu ce qu’ils ont en commun, hormis leur passeport "made in USA" ? Presque aucun d’entre eux n’a ses racines sur le territoire états-unien. Ils sont d’origine européenne, asiatique, africaine. Eux ou leurs parents ont souhaité devenir "américains" parce qu’ils admiraient ce pays, et ils ont contribué à le rendre plus admirable encore.

Ils ont commencé à œuvrer bien avant ta naissance, et ils continueront, malgré toi plutôt que grâce à toi, bien au-delà de ta disparition.

Tout cela pour dire que tu n’as pas besoin de "rendre sa grandeur à l’Amérique", car elle ne l’a jamais perdue.

Ou peut-être que si.

Peut-être que malgré tous ces gens talentueux qui mettent toute leur énergie à élever ce pays encore et encore, les USA rayonnent moins qu’avant, ou moins positivement.

Peut-être qu’au fil du temps, tandis que certains démontrent leurs indéniables talents dans les domaines de l’art ou des sciences, d’autres mettent leur génie – tout aussi indéniable – au service du mal, et rendent ainsi les innombrables crimes commis par cette grande nation au cours de son histoire (pourtant courte), de plus en plus visibles ? Peut-être l’Amérique est-elle de plus en plus haïe, méprisée par le reste du monde, en raison même de ses nombreux crimes ?

Si c’était le cas, et si sa "grandeur" avait dû en souffrir, elle pourrait alors se grandir, encore bien au-delà de sa gloire passée, en empruntant le dur chemin de la rédemption : en reconnaissant ses torts, en demandant pardon, et même, pourquoi pas, en proposant réparation aux victimes quand c’est possible ?

Tout le contraire de ce que tu proposes, en somme.

Décidément, non, Donald. Tu es tout, sauf l’homme de la situation, tout sauf celui qui pourrait, de quelque façon que ce soit, "redonner sa grandeur à l’Amérique".

Je vais plutôt me repasser Al Jarreau. Lui m’apporte joie et sérénité. Toi, tu ne sais susciter chez tes semblables que la colère, le mépris, le chagrin, et la peur.

« Dieu bénisse l’Amérique ! » proclament les présidents américains. Cette fois, Dieu n’a pas dû prêter attention à cette prière, sinon il n’aurait pas permis ton élection.

À dans quatre ans, Donald. Si le peuple qui t'a élu ne t'a pas lynché d'ici là.