Je viens de découvrir hier un bien triste personnage qui m'était jusqu'alors inconnu. Bruno Bonnell, chef d'entreprise et député LREM de la sixième circonscription du Rhône.
L'article qui me l'a fait connaître affirmait que ce monsieur "embarrassait" ses collègues par son comportement (il ne reçoit jamais ses administrés, et ne met pas les pieds à l'Assemblée) et ses déclarations explosives, dans un style direct, sur les plateaux de télévision.
J'avoue m'être amusé quelques instants à imaginer ce ramassis d'hypocrites et de sociopathes prendre des postures offusquées de bigotes face à une image porno, en voyant l'un des leurs montrer sans complexe le vrai visage de leur propre barbarie.
Mais au delà de cet amusement éphémère et futile, il reste l'horreur que m'inspirent tout à la fois son faciès digne d'un criminel de guerre, entre Hermann Goering et Benito Mussolini (avec une petite touche de Gabriel Matzneff, aussi), et les immondes propos qu'il tient.
L'un d'eux m'a fait particulièrement bondir. Peut-être précisément parce qu'il ne semble pas beaucoup plus scandaleux que la plupart des sorties insoutenables auxquelles les membres du parti au pouvoir nous habituent lentement depuis 2017.
Consternation.
Je ne suis pas le dernier à citer l'excellente chanson de Goldman "Les choses", qui vise à dénoncer la tournure d'esprit de ceux qui n'existent qu'à travers leur image et leurs avoirs (genre "quand t'as pas une Rolex à quarante ans, t'as raté ta vie"). Je ne suis pas de ceux qui mesurent le bonheur à l'aune de ce qu'ils peuvent acheter.
Du coup, je pourrais, et bien d'autres avec moi, être tenté d'être d'accord avec lui. Que puisqu'acheter et détenir ne sont pas la clé du bonheur, espérer ou revendiquer une hausse du pouvoir d'achat est futile, voire indécent.
Mais non, pas moyen.
Parce que la déclaration de Bonnell démontre, une fois de plus, les ravages de la novlangue, et au minimum l'effrayante différence de conception qui peut exister sous les mêmes mots entre ceux qui vivent des réalités opposées.
Sans doute pour Monsieur Bonnell, la locution "pouvoir d'achat" évoque-t-elle ce qu'il va pouvoir en faire : s'acheter une énième montre de luxe, une automobile de prestige, une résidence secondaire à Dubaï ou autre.
Mais pour les presque neuf millions de pauvres de ce pays et quelques-uns de ceux qui, pour le moment encore, ont à peu près "la tête hors de l'eau", contrairement à une idée solidement ancrée dans la bourgeoisie, "pouvoir d'achat" n'évoque pas la perspective de s'offrir le dernier iphone, le denier modèle de home cinema ou autre futilité.
C'est juste l'espoir - quand ce n'est pas déjà fait - de ne pas se retrouver à la rue, de pouvoir payer son loyer ou les mensualités du prêt, de ne pas manger - et faire manger à ses enfants - que du riz et des pâtes jusqu'à la prochaine paie (où ça n'ira pas mieux en raison des agios consécutifs au découvert), de ne pas se priver de soins médicaux, dentaires, ophtalmologiques pourtant nécessaires, de pouvoir assumer ses frais de transport.
Pour eux, Monsieur Bonnell, le "pouvoir d'achat" n'est que le pouvoir de survivre. Et il n'y a là de scandaleux que l'instrumentalisation honteuse que vous en faites, en faisant passer les pauvres pour des futiles, et en plaçant du même coup votre classe sociale "au-dessus de ces préoccupations vulgaires".
L'article qui me l'a fait connaître affirmait que ce monsieur "embarrassait" ses collègues par son comportement (il ne reçoit jamais ses administrés, et ne met pas les pieds à l'Assemblée) et ses déclarations explosives, dans un style direct, sur les plateaux de télévision.
J'avoue m'être amusé quelques instants à imaginer ce ramassis d'hypocrites et de sociopathes prendre des postures offusquées de bigotes face à une image porno, en voyant l'un des leurs montrer sans complexe le vrai visage de leur propre barbarie.
Mais au delà de cet amusement éphémère et futile, il reste l'horreur que m'inspirent tout à la fois son faciès digne d'un criminel de guerre, entre Hermann Goering et Benito Mussolini (avec une petite touche de Gabriel Matzneff, aussi), et les immondes propos qu'il tient.
L'un d'eux m'a fait particulièrement bondir. Peut-être précisément parce qu'il ne semble pas beaucoup plus scandaleux que la plupart des sorties insoutenables auxquelles les membres du parti au pouvoir nous habituent lentement depuis 2017.
« On n'entend que ça, le pouvoir d'achat, comme si la vie se résumait au pouvoir d'acheter. »
Consternation.
Je ne suis pas le dernier à citer l'excellente chanson de Goldman "Les choses", qui vise à dénoncer la tournure d'esprit de ceux qui n'existent qu'à travers leur image et leurs avoirs (genre "quand t'as pas une Rolex à quarante ans, t'as raté ta vie"). Je ne suis pas de ceux qui mesurent le bonheur à l'aune de ce qu'ils peuvent acheter.
Du coup, je pourrais, et bien d'autres avec moi, être tenté d'être d'accord avec lui. Que puisqu'acheter et détenir ne sont pas la clé du bonheur, espérer ou revendiquer une hausse du pouvoir d'achat est futile, voire indécent.
Mais non, pas moyen.
Parce que la déclaration de Bonnell démontre, une fois de plus, les ravages de la novlangue, et au minimum l'effrayante différence de conception qui peut exister sous les mêmes mots entre ceux qui vivent des réalités opposées.
Sans doute pour Monsieur Bonnell, la locution "pouvoir d'achat" évoque-t-elle ce qu'il va pouvoir en faire : s'acheter une énième montre de luxe, une automobile de prestige, une résidence secondaire à Dubaï ou autre.
Mais pour les presque neuf millions de pauvres de ce pays et quelques-uns de ceux qui, pour le moment encore, ont à peu près "la tête hors de l'eau", contrairement à une idée solidement ancrée dans la bourgeoisie, "pouvoir d'achat" n'évoque pas la perspective de s'offrir le dernier iphone, le denier modèle de home cinema ou autre futilité.
C'est juste l'espoir - quand ce n'est pas déjà fait - de ne pas se retrouver à la rue, de pouvoir payer son loyer ou les mensualités du prêt, de ne pas manger - et faire manger à ses enfants - que du riz et des pâtes jusqu'à la prochaine paie (où ça n'ira pas mieux en raison des agios consécutifs au découvert), de ne pas se priver de soins médicaux, dentaires, ophtalmologiques pourtant nécessaires, de pouvoir assumer ses frais de transport.
Pour eux, Monsieur Bonnell, le "pouvoir d'achat" n'est que le pouvoir de survivre. Et il n'y a là de scandaleux que l'instrumentalisation honteuse que vous en faites, en faisant passer les pauvres pour des futiles, et en plaçant du même coup votre classe sociale "au-dessus de ces préoccupations vulgaires".
